Le Saint-Boniface de 1908

L’incorporation officielle en 1908 est l’étape définitive de l’histoire de Saint-Boniface. Le 1er mai 1908 elle devient une cité, ce qui lui confère tous « les droits et devoirs » d’une municipalité, au même titre que sa sœur jumelle, Winnipeg. Avec un hôtel de ville fraîchement construit, et le développement commercial et industriel fulgurants, tous les espoirs sont permis.

La ville est bordée par la rivière Rouge au nord et à l’ouest, avec un quartier résidentiel et commercial autour de la Cathédrale et des institutions religieuses au nord de Saint-Boniface. Au début du XXe siècle, la ville s’étend de plus en plus vers le sud et l’est.  Norwood « s’est développé depuis 8-10 ans… Les colonies françaises et belges sont nombreuses aussi; elles sont industrieuses et vaillantes… ». En 1908, la rue DesMeurons sera prolongée, conséquence du développement résidentiel dans ce secteur (on n’a qu’à penser à la Maison Gabrielle-Roy, construite en 1905). 

Le début du siècle est une période de croissance rapide pour la petite ville, comme pour toute la province. En 1908, Saint-Boniface compte 6 000 habitants, encore à majorité canadienne-française. Les technologies évoluent à un rythme rapide. L’électricité est devenue chose courante, et un aqueduc de 150 milles a été entrepris. Le gouvernement provincial achète la compagnie de téléphonie Bell, après lui avoir fait concurrence pendant deux ans. C’est donc le début de Manitoba Telecom Services, une société de la couronne qui a pour but d’offrir un service jugé essentiel à tous les Manitobains à un prix équitable. Ailleurs dans le monde, Henry Ford introduit le Ford Modèle T, le Canada envoie sa première équipe officielle aux jeux olympiques de Londres.

L’année d’incorporation de Saint-Boniface est remplie d’évènements importants : la province accorde enfin un tribunal à Saint-Boniface; les célébrations entourant la bénédiction de la nouvelle Cathédrale sont monumentales; et après des années de recherche, les Jésuites trouvent les restes de LaVérendrye, Aulneau et les autres victimes du massacre près de Fort St-Charles.

Contexte économique

L’incorporation de Saint-Boniface coïncide avec la première grande période de développement du Manitoba. Deux grands facteurs expliquent cette expansion : une vague importante d’immigration (1897-1912) qui apporte avec lui l’investissement de capitaux étrangers et l’ouverture des marchés mondiaux au blé canadien, des années de bonnes récoltes.

Après une année de crise financière causée principalement par une économie en crise aux États-Unis en 1907,  l’économie manitobaine va rondement en 1908. Saint-Boniface ne fait pas exception. En 1908, de nouveaux commerces ouvrent sans arrêt. On y trouve de tout : épiceries, quincailleries, chevaux, matériaux de construction.  Comme aujourd’hui, l’activité commerciale tourne autour des rues Provencher, Taché, Marion. Mais aussi des rues Dumoulin,  Aulneau et même les rues St-Jean-Baptiste et Eugénie. 

La proximité de Saint-Boniface à Winnipeg est à la fois un avantage et un inconvénient. Bien des commerçants canadiens français font affaires de l’autre côté de la rivière (rues Main et McDermot par exemple).  Saint-Boniface mènera une campagne en 1910  pour convaincre les commerçants de s’installer dans la ville française et catholique.

Construction fulgurante

L’année 1908 donne à Saint-Boniface quelques-uns de ses plus précieux bâtiments.  Les édifices suivants sont en construction: La Cathédrale de Saint-Boniface est inaugurée, le Bureau de poste est en construction, les Sœurs oblates font une rallonge sur leur maison-mère.et la Maison Chapelle  verra une addition substantielle

À Winnipeg, la construction de la Gare Union à Winnipeg commencera, projet de un million$. La même année on creuse les fondations de l’Hôtel Fort Gary, un projet de 2 000 000 $. Le gouvernement provincial procède à de grandes rénovations à la Résidence du Lieutenant-gouverneur. La Banque Impériale prend possession de son nouvel immeuble rue Main.

Développement industriel

1908 voit le début de ce qui est aujourd’hui le parc industriel de Saint-Boniface. Le chemin de fer Transcontinental promet de construire d’importantes usines à St-Boniface.  De vastes cours à bestiaux sont établies à l’est de la rivière Seine en septembre, ce qui donne un regain de vie à la spéculation dans ce quartier. L’arrivée de ces industries nécessite le prolongement des rues Archibald et Marion, des projets entrepris par la ville de Saint-Boniface en 1908. Le développement industriel de Saint-Boniface ne se limite pas à la Seine. En 1908, une teinturerie est en pleine construction ave. Provencher, juste derrière l’Académie St-Joseph; les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie s’y opposent.

Vie sociale et récréative

En 1908, il n’y a pas encore de télévision, ni même de radio. Alors quefaisaient les gens pour se divertir? Les journaux de 1908 décrivent des séances littéraires et récréatives en soirées, au Collège, à l’école Provencher, etc. Ce sont parfois des concerts de musique, ou des débats par exemple, celui-ci au Collège : « Le sport, faut-il l’encourager oui ou non, chez les élèves? » 1. Il y a mention de conférences sur des sujets historiques tels que: les Métis d’autrefois.

Côté sportif, le baseball connaît un essor. On compte plusieurs clubs à Saint-Boniface, ce qui semble être bien nouveau. On lit dans les journaux qu’il y a beaucoup de spectateurs. Les matchs se déroulent dans la cour du Collège, au nord de la voie du CN, ave. Taché et à Norwood. Il y a aussi, vers la fin de l’année, la renaissance du Club de raquette Le Voyageur : 40 marcheurs du club ont fait leur première sortie, revêtus de leurs costumes, une couple d’heures dans les rues de la ville; Mgr Langevin est du nombre. 2

Au mois de février, un groupe de citoyens intéressés à faire construire une patinoire publique dans les limites de la ville de Saint-Boniface tient une réunion publique. Puis on organise une série de soirées de famille au théâtre, dès le 6 février, au profit de la Cathédrale « Ne craignez pas d’y envoyer vos enfants! » dit l’annonce. D’ailleurs, on lit au mois d’avril, qu’un carrousel pour enfants a été installé au coin Provencher et Taché depuis une semaine. La première salle de cinéma à Saint-Boniface, le Starland, ouvre les portes au mois de mai de cette année. D’ailleurs, une nouvelle loi sur les liqueurs entre en vigueur en avril 1908. Dorénavant les salles à dîner d’hôtels peuvent offrir un service de 13 h à 15 h et de 18 h à 20 h. 3

Saint-Boniface : Ville Cathédrale

Saint-Boniface est le siège de l’Archidiocèse du même nom qui s’étend jusqu’aux montagnes Rocheuses. Le plus grand symbole de la vigueur de l’Église Catholique à cette époque, est la nouvelle Cathédrale qui est en pleine construction en 1908, rendue nécessaire par l’expansion constante de la ville et du diocèse.

Il ne faut pas sous-estimer le rôle de l’Église dans la vie de tous les jours à l’époque. La modernité du nouveau millénaire fait craindre les curés. On lit notamment dans les Cloches de Saint-Boniface, organe de presse du diocèse de Saint-Boniface : « Aujourd’hui, les coutumes chrétiennes ne sont pas encore toutes disparues, mais elles tendent malheureusement à

1. Le Manitoba, 26 février 1908, p.3
2. Le Manitoba, 8 décembre 1908, p.2
3. Le Manitoba, 29 avril 1908, p. 3)